• Réf 062


Le chêne bleu
Huile sur carton à la colle de peau 29 x 20 cm. de h.
Zilia, Corse 10 juin 2008

Catégorie de prix = D

Liste de prix

Tableau original peint in situ sur le motif


colle de peau

Support :

Sur carton, gesso à la colle de peau pour l'impression.


Couleurs :

Couleurs en tubes Leroux. Broyage à la molette de pigments avec l'huile de lin en atelier.

Encadrement :

Passe-partout en contre-plaqué encadré baguette simple.


Adrienne Dauprat

LE CHÊNE BLEU

Qu’est-ce qui fait que ce tableau-là nous interpelle ?
Ses couleurs ?
Son absence de couleurs ?
Sa taille ? Grand, gigantesque ou petit ?
À qui parle-t-il ? À nos yeux ?
À nos âmes…
Il est grand et on ne le voit pas ; il est petit et on ne voit que lui ?
Pourquoi ? Le sait-on ? Faut-il le savoir ?
Il est petit et mon regard plonge dans son infini.
J’entre dans un autre univers. Celui de l’ogre et des sorcières, de sainte Lucie et des mazzeri. Ils rodent sous le bleu du ciel, ils rodent sur le bleu de la mer. Ils rodent sous les branches du chêne bleu, l’unique, l’improbable, le magique !
Les odeurs chaudes et capiteuses du maquis enveloppent l’arbre magnifique.
Je me laisse porter par les fragrances et franchis le pas. L’écorce de l’arbre est chaude sous ma main. Les insectes crient dans le lointain. Le présent s’efface, un réel s’évanouit, un autre naît. Entre ciel et mer, le chêne bleu dresse ses branches, l’air chaud aux senteurs de myrte fait bruire ses feuilles… L’arbre, dans un souffle, raconte son histoire…
Il y a très, très longtemps, une belle jeune fille voulait voir la mer…
À l’aube, elle se met en route accompagnée de ses chèvres et de ses cabris. Pressant le pas, elle les harcèle pour qu’ils avancent plus vite. Alors que le soleil a déjà parcouru un grand arc dans le ciel, elle met enfin ses pieds dans l’onde fraîche.
La veille, une gigantesque tempête a sévi mais ce jour-là, le bleu profond de la mer répond au bleu léger du ciel. Sur l’étroite bande de sable, une barque, une barque qui fut bleue et dont le reste de couleur se dilue doucement dans l’eau salée. Curieux, les cabris entourent l’embarcation. Le plus téméraire grimpe même à l’intérieur. Chjara pousse ses bêtes. Sous le banc, un sac crevé ; dans ce sac, des glands. « Voilà de quoi apaiser la faim de mes petits ! », pense-t-elle.
Elle remonte alors dans sa montagne. Arrivée non loin de son village, elle répand au bord du chemin les fruits du chêne ; ils pesaient lourd au bout de son bras. Les petits glands roulent entre les herbes coriaces ; la route de certains est arrêtée par des pierres ; d’autres sautent et bondissent ; ils finissent sur la terre dure du sentier. Les chèvres et les cabris en mangent quelques-uns, mais ils leurs préfèrent les feuilles de l’arbousier, du lentisque et du ciste. Alors les cochons sauvages arrivent. Ils fouillent le sol de leurs groins avides ; puis ne trouvant plus rien, ils regagnent la forêt proche. Chjara, qui s’était éloignée durant le festin des sangliers, revient. Elle ramasse le sac qu’elle avait abandonné. À l’intérieur, brille un gland. Un unique et improbable minuscule gland ! Un zeste de magie le nimbe !
Dans un coin de terre labourée par les pourceaux, elle enfouit l’akène. Elle le cache sous des feuilles de châtaigniers afin de le prémunir de l’ardeur du soleil estival. Elle l’entoure avec soin avec une de ses tresses brunes ; les gorets passeront leur chemin. Avec l’eau de la plus pure des sources, elle l’arrose patiemment.
Jour après jour, Chjara surveille la terre. Enfin, une tige perce la surface.
Jour après jour, Chjara veille sur l’arbre nouveau-né.
Jour après jour, elle contemple le chêne bleu…
Chjara est maintenant bien vieille ; pourtant ses cheveux sont restés d’ébène ; ils ont des reflets bleus… bleu comme l’arbre… le bleu du chêne. Le bleu des cieux, le bleu de la mer, le bleu de ses yeux…
Un soir, fatiguée, elle est venue s’asseoir sous les bras noueux du chêne bleu.
Pour elle, ses branches ont fait un toit somptueux.
Pour elle, ses feuilles ont chanté un air gentillet.
Pour elle, le chêne bleu est un havre quiet.
Chjara s’est endormie, son âme s’est mêlée à celle du chêne bleu, de l’unique chêne bleu de Corse, le chêne dont les pairs vivent au-delà des mers.
La chaleur est lourde, le chêne se cache derrière l’air qui vibre. Son parfum s’accroche encore à mes narines… et de mon voyage immobile, je ramène un peu de son bleu…
Le bleu du tableau…

Adrienne Dauprat
Les Édition de l'Atelier d'Écriture (Maison d'édition associative)
Comandes :
fredericfossaert@sfr.fr

En exposition à la Galerie Le Miroir du temps en 2018


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